Les Soleils des indépendances

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Ecoles au Sénégal
21 octobre 2020
Le roman est considéré «comme marquant un tournant dans l'écriture romanesque en Afrique subsaharienne.»Écrit en 1968 en réaction aux régimes politiques africains issus de la décolonisation. Témoin de ces années de profondes transformations tant politiques que socio-économiques, l’auteur nous propose à travers son œuvre de voyager et de remonter dans le temps afin de découvrir une Afrique vilipendée et livrée à elle-même.

Biographie de l'auteur



Ahmadou Kourouma est né de parents guinéens d’éthnie malinké, une ethnie présente dans plusieurs pays d’Afrique de l'Ouest. Son nom signifie « guerrier» en langue malinké. Son père est un marchand de noix de kola. Il vit une partie de son enfance à Togobala en Guinée. Ce lieu a constitué un des cadres de Les soleils des indépendances, sa première œuvre. Sous la responsabilité de son oncle Fondio, il fréquente l'école rurale de Boundiali, à partir de l'âge de sept ans, dès 1935. Il poursuit ses études à l'école régionale de Korhogo (1942), à l'école primaire supérieure de Bingerville (1943) et à l'école technique supérieure de Bamako (1947). Deux années plus tard, il est renvoyé de l'école pour avoir conduit des mouvements estudiantins et retourne en Côte d'Ivoire en tant que tirailleur au Bataillon autonome de Côte d'Ivoire à Bouaké. Cette période coïncide avec les luttes pour l'indépendance des colonies africaines. Il est arrêté pour insubordination après avoir refusé de prendre part à des interventions visant la répression des manifestations de Rassemblement démocratique africain (RDA). Comme sanction, il est emprisonné, dégradé et forcé de se rendre en Indochine.

 

De 1950 à 1954, il est envoyé comme tirailleur sénégalais en Indochine, à titre disciplinaire, avant de rejoindre la métropole pour suivre des études de mathématiques et d'actuariat à Lyon en France (à l'ISFA, Institut de science financière et d'assurances). En 1960, lors de l’indépendance de la Côte d'Ivoire, il revient vivre dans son pays natal. En 1961, il travaille comme sous-directeur de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale. Mais il est très vite inquiété par le régime du président Félix Houphouët-Boigny. Il connaît la prison avant de partir en exil dans différents pays dont l'Algérie (1964-1969). Là-bas, il participe à la création de la Caisse algérienne d'assurance et de réassurance. Il quitte l'Algérie pour la France en 1969. Il est embauché dans une banque parisienne et occupe le poste de sous-directeur d'une de ses agences à Abidjan en 1971. Ahmadou Kourouma est aussi un grand athlète. Il est champion de saut en longueur en Indochine et champion de saut en hauteur à l'université de Lyon. Il a remporté plusieurs titres sportifs. Il vit également au Cameroun (1974-1984) et au Togo (1984-1994) avant de revenir vivre en Côte d'Ivoire.

 

En 1968, son premier roman, Les Soleils des indépendances, porte un regard très critique sur les gouvernants de l’après-décolonisation. En 1972, il tente de faire représenter sur scène sa pièce de théâtre Tougnantigui ou le Diseur de vérité. En 1988, son deuxième roman, Monnè, outrages et défis, retrace un siècle d’histoire coloniale.

 

En 1998, son troisième roman, En attendant le vote des bêtes sauvages, raconte l’histoire d’un chasseur de la « tribu des hommes nus » qui devient dictateur. À travers ce roman, qui obtient le Prix du Livre Inter, on reconnaît facilement le parcours du chef d'État togolais Gnassingbé Eyadema et diverses personnalités politiques africaines contemporaines.

 

En 2000, son quatrième roman, Allah n'est pas obligé, raconte l’histoire d’un enfant orphelin qui, parti rejoindre sa tante au Liberia, y devient enfant soldat. Ce livre obtient le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens. La même année, il est récompensé par le grand prix Jean-Giono pour l'ensemble de son œuvre.

 

Lorsqu’en septembre 2002, la guerre civile éclate en Côte d'Ivoire, il prend position contre l’ivoirité, « une absurdité qui nous a menés au désordre » et pour le retour de la paix dans son pays.

 

Au moment de sa mort, il travaillait à la rédaction d’un nouveau livre, Quand on refuse on dit non, une suite d’Allah n'est pas obligé : le jeune héros, enfant soldat démobilisé, retourne en Côte d’Ivoire à Daloa, et vit le conflit ivoirien. Ce roman est publié à titre posthume en 2004.

 

Kourouma est marié à une Française rencontrée pendant son séjour à Lyon, et il est père de quatre enfants. Onze ans après sa mort, en novembre 2014, sa dépouille est transférée de Lyon en Côte d'Ivoire

 

 

 

Présentation et résumé




Le roman est considéré «comme marquant un tournant dans l'écriture romanesque en Afrique subsaharienne.»Écrit en 1968 en réaction aux régimes politiques africains issus de la décolonisation. Témoin de ces années de profondes transformations tant politiques que socio-économiques, l’auteur nous propose à travers son œuvre de voyager et de remonter dans le temps afin de découvrir une Afrique vilipendée et livrée à elle-même. À cet effet, le titre de ce roman est une allégorie de cette période durant laquelle l'Afrique subsaharienne fut confrontée à son propre destin.

 

L’histoire complète se déroule dans un pays utopique, la République de la Côte des Ébènes, pays particulièrement tourmenté et en proie à de grands changements. Outre la disparition de l’hégémonie des puissances coloniales, la vague des déclarations d’indépendance apparut aux yeux de tous comme un salut, une rédemption. L’idée d’une vie meilleure, d’une société libre et disposée à s’engager dans la voie du développement hantait tous les esprits. Malheureusement, la décolonisation n’engendra que peines, tristesses, pauvreté et désespoir. Fama, Prince malinké, dernier descendant et Chef traditionnel des Doumbouya du Horodougou n’a pas, même du fait de son statut, été épargné. Habitué à l’opulence, les indépendances ne lui ont légué pour seul héritage qu’indigence et malheurs, qu’une carte nationale d’identité et celle du parti unique. Parti vivre avec sa femme Salimata loin du pays de ses aïeux, Fama, en quête d’obole, se verra contraint d’arpenter les différentes funérailles en ville afin d’assurer son quotidien. Son épouse légitime Salimata lui sera d’une aide précieuse. Bien qu’incapable de lui donner une progéniture à même de perpétuer le règne des Doumbouya, celle-ci s’adonnera corps et âme au petit commerce afin de faire vivre son ménage. Excisée puis violée dans sa jeunesse par le marabout féticheur Tiécoura, elle gardera à jamais le souvenir atroce de ces moments où impuissante, elle fut maltraitée, humiliée puis bafouée.

 

Le temps passa et les jours ne se ressemblaient pas. Le moment était venu pour Fama de prendre son destin et celui de tout un peuple en main. Les funérailles de son cousin Lacina auquel il succéda à Togobala, capitale du Horodougou, furent l’occasion pour lui de redécouvrir les terres de ses ancêtres qu’il avait quittées depuis déjà fort longtemps et qu’il ne connaissait pour ainsi dire quasiment plus. En outre, ce retour aux sources lui permit de connaître l’histoire, son histoire, et celle de la gloire de la lignée des Doumbouya, une dynastie autrefois riche, prospère, irréprochable et respectée. Malheureusement, les indépendances changèrent la donne. Les bouleversements et désenchantements qu’elles insufflèrent mirent un terme définitif au système politique et de chefferie d’antan, à l’âge d’or des Doumbouya mais également à tous les privilèges dont jouissait de ce fait tout un peuple.


Fort de ce constat et conscient que sa place était désormais parmi les siens, Fama décida de rentrer en République des Ebènes afin d’annoncer à Salimata ainsi qu’à ses proches amis, son désir de vivre définitivement à Togobala en compagnie de sa seconde épouse Mariam, qui n’est que l’un des précieux legs de son feu cousin. Conscient des dangers que représentait ce voyage et surtout soucieux de l’avenir de la dynastie des Doumbouya, Balla, vieil affranchi et féticheur de la famille Doumbouya le lui déconseilla. Malgré les conseils de ce vieux sorcier, Fama se mit en route. En fin compte ce voyage lui sera fatal. La stabilité du pays était depuis peu menacée, l’idée d’un soulèvement populaire hantait tous les esprits jusqu’au jour où sans explication aucune, Fama fut arrêté puis enfermé avant d’être jugé. Accusé injustement de participation à un complot visant à assassiner le Président de la République des Ébènes et à renverser le régime politique en place, il fut condamné à vingt ans d’emprisonnement pour avoir tu un rêve qu'il avait fait.


Finalement, c’est après une prompte et inattendue libération et dans la dignité d’un homme enfin libre que s’éteignit avec Fama, toute une dynastie et son histoire.

 Illustre figure de la littérature africaine, Ahmadou Kourouma nous dépeint un tableau sombre d’une Afrique où, à la magie et aux fétiches se mêlent un ensemble de maux et de symboles : violences induites par des abus de pouvoir et d’autorité de ses dirigeants. L'œuvre de Kourouma se présentant comme une critique des régimes politiques post-indépendance, « sociétés de sorcières où les grandes initiées dévorent les enfants des autres ».

 Les soleils des indépendances dénonce avec ironie le manque d’ouverture politique mais aussi l’absence de liberté humaine, qui réduit l’homme à la pauvreté économique, morale et intellectuelle. La démocratie n’y est qu’un leurre, qu’un idéal inaccessible.

 Ladite œuvre est aussi une satire de la condition de la femme en Afrique : excision, le viol, la stérilité, restent de nos jours des problèmes.

Ahmadou Kourouma évoque la Côte d'Ivoire sous le nom de République de la Côte des Ébènes. La Guinée est elle dénommée République socialiste du Nikinai2. Il réutilisera ce procédé de changement de nom de pays pour son roman En attendant le vote des bêtes sauvages paru en 1998.



source: wikipedia